La date du jour sauta aux yeux d’Adam comme un diable hors de sa boite et il poussa un soupir. Il avait encore oublié. Il savait que sa femme Dinah ne lui en voudrait pas mais il s’était promis de marquer ce deuxième anniversaire de mariage par un bouquet de fleurs, histoire de compenser ses oublis systématiques des autres dates importantes du calendrier. Seulement voilà : il avait passé la journée à la bibliothèque de l’université de Cambridge, et, comme à son habitude, sa passion pour ses recherches lui avaient oublier le reste. Il était dix-neuf heures et seul un miracle lui aurait permis de trouver quelque chose de correct chez un fleuriste. Il devait donc se résigner à rentrer chez lui sans le plus petit présent. Si Dinah ne lui ferait aucune remarque, lui s’en voudrait beaucoup de ce manque de tact. Adam se mit à marcher rapidement pour regagner l’appartement où il vivait avec Dinah. Il savait qu’il n’était pas un mari attentionné, et l’arrangement très spécial qui existait entre lui et son épouse ne lui enlevait pourtant pas cet étrange sentiment de culpabilité.
Mariés depuis deux ans, Adam et Dinah cohabitaient sans la moindre obligation au devoir conjugal. Pas de relation sexuelle, pas d’intimité, même pas de dépendance financière. Juste une façade d’une union parfaite pour leurs amis et les deux ex-épouses d’Adam. En réalité, le mariage était blanc et ne serait jamais consommé, comme ils en avaient convenu par contrat devant notaire. Adam avait voulu, malgré deux essais qui s’étaient transformés en fiasco intégral, se remarier, à condition de trouver une femme qui accepterait sa vision des choses du mariage et qui approuverait de prétendre, pour la galerie, nager dans le bonheur le plus complet alors qu’elle ne ferait que porter un nom et une alliance. Il avait rencontré Dinah alors que son idée commençait à prendre forme dans son esprit. Elle avait des ennuis, financiers principalement, et absolument besoin de la crédibilité apportée par le statut de femme mariée. Le mariage avait eu lieu quinze jours plus tard, le lendemain de la signature de leur étrange contrat. Et depuis, jusqu’à ce jour, chacun des contractants honorait ses engagements. Dinah était une parfaite maîtresse de maison qui cuisinait à merveille et adorait recevoir. Adam était un époux qui veillait sur elle avec tendresse et lui apportait tout ce dont elle avait. Mais Dinah était également une femme qui vivait sa vie sans que sa réputation ou son couple soit en péril. Adam, lui, se consacrait presque exclusivement à ses recherches et oubliait parfois de rentrer.
Ils se voyaient parfois au petit déjeuner, et encore pas tous les jours, ou, quand les invitations qu’ils recevaient les y obligeaient, pendant un week-end. S’ils éprouvaient une estime réciproque, leurs relations s’arrêtaient là. Enfin c’était le postulat de départ. La vie quotidienne ne s’avérait pas toujours aussi facile. Mais la plupart du temps, tout se passait sans accroc. Adam aurait été incapable de dire dans quelle tenue Dinah dormait ou si elle avait des grains de beauté. Dinah n’aurait pas pu identifier le corps d’Adam pour ne l’avoir jamais vu autrement qu’habillé de noir. Ils n’avaient d’obligation que celle de paraître heureux et de rester mariés. Cela n’incluait ni l’affection, ni l’amour, ni le désir, ni un quelconque sentiment que de toute façon ils se cachaient l’un à l’autre. Alors pourquoi attacher de l’importance à la célébration d’une mascarade ?
Adam ne savait pas et persistait à chercher une réponse. Quand il poussa la porte de l’appartement, il trouva sa femme au salon. Elle préparait la table pour un dîner. - Qu’est-ce qui se passe ? - Francesco et Paul se sont invités à dîner, expliqua-t-elle. Ils m’ont parlé d’un pari que tu avais perdu. Adam soupira.
- J’avais complètement oublié. - Au moins de m’en parler, en tout cas. - Je suis désolé. - Je leur ai dit que tu avais certainement oublié. Ils ont proposé de reporter mais je n’ai pas voulu.
- Mais tu… - J’ai de quoi les nourrir, ne t’inquiète pas. Je ne me laisse jamais prendre au dépourvu. - Tu es providentielle, ma chérie ! Dinah le dévisagea et il réalisa trop tard que le mot affectueux qui lui avait échappé était affreusement déplacé compte tenu de la nature de leur relation. D’ailleurs, c’était bien la première fois qu’il lui disait « ma chérie ». Avant, cela ne lui serait même pas venu à l’esprit. Qu’est-ce qui lui avait pris, bon sang ?
- Je suis désolé, je… La sonnerie de la porte d’entrée retentit et le dispensa fort à propos de terminer sa phrase. Il en aurait été certainement incapable. - Je vais me changer, annonça Dinah. Elle disparut dans la chambre. Adam soupira et fit entrer Francesco et Paul, ses deux meilleurs amis.
- On tombe à un mauvais moment ? demanda Paul. - Vous étiez peut-être occupés…. ajouta Francesco. - Vu sa tête, ça m’étonnerait, dit Paul. Qu’est-ce qui se passe ? Adam leur offrit un verre et leur expliqua la situation. Francesco et Paul se mirent à rire.
- Tu es vraiment un mari épouvantable, constata Paul. - Je sais, soupira Adam. - Mais comme nous nous avons une bonne mémoire, dit Francesco, on s’en est souvenus pour toi. - Qu’est-ce que tu racontes ?
- Ta femme ne devrait pas tarder à recevoir des fleurs. De ta part, bien sûr. - Quoi ? - On avait parié que tu oublierais. Mais Dinah ne mérite pas que tu la traites comme ça. - Je sais. Vous me tirez une sacrée épine du pied, les gars…. Je ne sais pas comment vous remercier.
- Attends de voir la facture. - Si je peux me permettre un petit conseil, ce n’est vraiment pas gentil d’oublier son anniversaire de mariage. - Tu sais bien que les femmes sont des calendriers ambulants. Elles se souviennent toujours de ce genre de choses. Tu le sais bien, tu as été marié deux fois déjà. - Tu n’as jamais été très doué avec les femmes, en plus, ironisa Paul.
- J’ai déjà fichu en l’air deux mariages. Je voudrais bien réussir celui-là. - Alors fais un peu attention, nom d’un chien ! Ta femme est intelligente et elle est jolie, ne gâche pas tout. Sois un peu plus prévenant avec elle. - Parfois je trouve que tu es carrément distant avec elle, constata Paul. - Si tu crois que c’est facile tous les jours, d’être marié ….
- Moi je prends ta place, si tu veux, proposa Paul avec une pointe d’envie dans la voix. - De quoi parlez-vous, messieurs ? La voix claire de Dinah fit se retourner les trois hommes. Dinah était très élégante dans une robe noire sobre qui mettait en valeur la pâleur de sa peau. Adam se demanda par quel tour de passe-passe elle avait pu se transformer en si peu de temps. Les femmes le surprendraient toujours.
- Tu es magnifique, dit-il sincèrement. Elle rougit. - Ravie que je te plaise, dit-elle en lui rendant son sourire. Au cours de la soirée, Adam la regarda attentivement alors qu’elle bavardait avec leurs invités. Ce qu’il avait dit à ses amis sur son souhait de ne pas voir son mariage échouer était vrai l : ses deux divorces avaient été spécialement difficiles et éprouvants et il n’avait aucune envie de renouveler l’expérience. Dinah méritait mieux que d’être un troisième ex conjoint.
Comme il formulait mentalement les idées qui lui traversaient l’esprit, il ressentit étrangement l’envie de tenir Dinah dans ses bras. A l’image des pensées qui l’agitaient dernièrement, il s’en étonnait parce qu’en deux ans, il n’avait jamais eu l’idée ou simplement l’occasion de serrer sa femme contre lui. Et ce soir, bizarrement, cela lui semblait la meilleure chose à faire. Décidément, quelque chose ne tournait pas rond chez lui. L’occasion se présentant au cours de la soirée, Dinah ne comprit pas pourquoi Adam la prenait par la taille, ni pour quelle raison il l’embrassait sur la nuque. Il n’avait jamais fait aucun de ses gestes-là et cela ne lui ressemblait pas du tout de se laisser aller à des démonstrations publiques d’affection. - Quelque chose ne va pas, Adam ? demanda-t-elle tout bas, sur un ton très calme pour ne pas éveiller les soupçons.
- Non, non, tout va très bien. - Vous formez vraiment un joli couple, constata Paul. - Mais c’est bien la première fois que je les vois comme ça, lui fit remarquer Francesco à voix basse. - Qu’est-ce que tu veux, un anniversaire de mariage, ça doit leur donner des idées… Et Dinah est vraiment très jolie, ce soir.
Dinah avait effectivement tout fait pour que les amis de son mari la trouvent présentable, mais si elle avait un effort sur sa tenue, sa coiffure et son maquillage, c’était surtout pour se sentir à son avantage, et certainement pas pour qu’Adam se mette à la coller comme il le faisait ce soir. Leur arrangement était pourtant clair : ce genre de comportement n’avait pas lieu d’être, et surtout pas en présence d’étrangers. Elle avait bien senti qu’Adam n’était pas lui-même ce soir. Le « ma chérie » de tout à l’heure avait également été une première dans un mariage de pures convenances où l’amour n’était pas à l’ordre du jour, et les rares contacts physiques qu’ils avaient eus en deux ans consistaient principalement en des frôlements accidentels dans la cuisine ou la salle de bains. Rien à voir avec la façon étrangement empressée dont Adam l’avait serrée contre lui. Que se passait-il dans sa tête pour qu’il réagisse comme ça ? - Ce que tu as préparé sent drôlement bon, dit Paul.
- J’espère que cela vous plaira. - Tu as toujours été une excellente cuisinière, Dinah, dit Adam. Par réflexe, par gentillesse, ou par gêne, elle le sourit. Et quand elle s’assit à sa place autour de la table, Adam lui embrassa le dos de la main. ›ùš
- Tu n’étais vraiment pas obligé, dit Dinah en arrangeant une des roses dans le vase. - Obligé ? Tu parles de quoi ? - Des fleurs. Elles sont merveilleuses mais tu as dû les payer très cher. Adam était installé dans son fauteuil et lisait un recueil de poèmes de Lord Byron. Les invités étaient partis depuis une petite heure, Dinah avait fait la vaisselle et rangé le salon. C’était une fin de soirée comme toutes celles qui avaient précédée : un moment de calme où les deux époux préféraient, au bavardage, la sérénité d’une musique douce en fond sonore.
- Je ne savais pas que tu aimais les roses, dit Adam amusé. - Je n’aime que les roses. Quel coup de chance ! - Le hasard… Dinah regarda l’énorme bouquet qu’elle avait posé sur la commode près de la fenêtre. Quand le livreur avait débarqué avec la gerbe de roses, elle avait cru à une erreur mais la carte qui accompagnait les fleurs lui était bien adressée, et les mots qui y étaient écrits « joyeux anniversaire de mariage, je t’aime, Adam » avaient dissipé ses derniers doutes.
Mais pas sa surprise. L’attention l’avait beaucoup touchée. Et les trois hommes présents avaient bien vu les signes évidents d’une émotion réelle, et, en ce qui concernait Adam, complètement inattendue. S’il avait su que quelques roses pouvaient lui faire plaisir à ce point… - Je ne sais rien de toi, finalement, constata Adam. - Tu sais l’essentiel. Mon nom de jeune fille et ma date de naissance, mon groupe sanguin et mon second prénom. Le reste n’a pas d’importance.
- Tu crois ? Tous les maris connaissent des détails sans importance sur leur femme, Dinah. C’est la preuve qu’ils se connaissent bien. - Mais nous ne sommes pas un vrai couple, Adam. Tu te souviens du document que nous avons signé devant le notaire ? - Je sais. Je me disais juste… - Quoi ? Tu te disais juste quoi ?
Adam referma son livre. - Paul et Francesco se doutent de quelque chose. -Tu en es certain ? - Presque. Je suis passé pour un idiot quand Paul m’a demandé la taille de tes vêtements.
- Je fais du quarante deux. Et je peux savoir pourquoi il t’a posé cette question ? Adam sourit. - Il me demandait si je t’avais offert de la lingerie pour notre anniversaire. Dinah rougit légèrement.
- Et bien sûr, tu lui as répondu que c’était une question beaucoup trop personnelle… - Pour que je lui réponde, oui. Comment peux-tu savoir ce que j’ai répondu ? - Je sais comment tu peux réagir dans certaines situations. Et je n’ai pas besoin de savoir des tas de choses sur toi pour ça. - Tu es une femme étonnante.
- Si tu entends par là que je ne suis pas une femme ordinaire, alors oui, je prends la remarque pour un compliment. - C’en est un, Dinah. Elle lui sourit. - J’ai une réunion très tôt demain matin. Je vais me coucher. Bonsoir, Adam.
- Bonsoir, Dinah. Elle allait disparaître derrière la porte de sa chambre quand Adam la rejoignit pour bloquer la fermeture de la porte avec son pied. - Attends…. - Qu’est-ce qui se passe, Adam ? s’étonna-t-elle.
Le couloir qui menait aux chambres était dans la pénombre, Dinah ayant la manie de n’allumer les pièces qu’en cas d’absolue nécessité ? Cette habitude acquise lors d’une enfance très modeste avait persisté quand ses moyens financiers s’étaient améliorés. Adam n’y avait jamais rien trouvé à redire et trouvait même ce réflexe attachant. Il lui sourit dans l’obscurité et posa sur la joue de Dinah ses lèvres un instant. - C’était pour ça ? dit-elle. - C’était juste pour ça. Tu m’en veux ?
- Ca n’entre pas dans nos conventions, Adam. - Je sais. Est-ce que ça te gêne si je t’embrasse de tems en temps comme ça ? Elle se mit à rire. - Tu es vraiment bizarre, aujourd’hui !
- J’ai peur que ça ne s’arrange pas avec le temps. - Bah, on verra bien. Bonsoir, Adam. Elle referma la porte derrière elle. Et elle pensa subitement et avec attendrissement que s’il avait fallu à Adam deux ans pour arriver à ce qu’il l’embrasse sur la joue, dieu sait combien de temps il faudrait à l’homme étrange avec qui elle était mariée pour qu’il s’autorise autre chose qu’un simple baiser innocent. Plusieurs années, certainement, lui seraient nécessaires pour qu’il l’embrasse vraiment. Et elle avait beau savoir que cela n’arriverait jamais, cela ne changerait rien au fait qu’elle aurait bien aimé qu’il lui fasse l’amour. Juste une fois… juste une fois.
›ùš Dinah chercha ses calmants à tâtons dans le tiroir de son bureau. Ses fréquentes migraines l’avaient conduite à garder à portée de la main, où qu’elle soit, un flacon de pilules qui la soulageaient rapidement. Dieu merci, elle ne souffrait pas tout le temps, juste durant les périodes de stress. Et en ce moment, au niveau du stress, elle était servie. A des tensions professionnelles récurrentes, elle était venue s’ajouter une récente idée d’Adam, des plus saugrenues : ne plus faire chambre à part. Dinah était tombée des nues quand il lui avait suggéré de transformer une de leurs deux chambres en bibliothèque. - Mais pourquoi ?
- Je voudrais faire mes recherches à la maison, et comme je n’ai pas de bureau, j’ai pensé installer mon ordinateur dans ma chambre. - Tu n’as pas beaucoup de place dans ta chambre, Adam, tu as déjà beaucoup de pagaille dedans ! - En enlevant le lit, je pourrais mettre le bureau et ranger tous mes dossiers. - Mais tu dormiras où ? Sur le sofa du salon ?
Il l’avait regardé dans les yeux et avait lâché, avec le plus grand naturel, sa bombe. - J’ai pensé qu’on pourrait dormir ensemble. - Tu veux dire dans le même lit ? - C’est ce que je veux dire, Dinah. Dans le même lit.
- Il n’en est pas question. - Je te rappelle que nous sommes mariés. - Tu t’en es souvenu ce matin en te levant ou quoi ? - Calme-toi.
- Non. Je ne me calmerai pas. Tu as perdu la tête ? - Parce que j’ai envie de dormir avec toi ? Moi je trouve que c’est plutôt une envie normale. - Tu oublies notre contrat. Nous étions d’accord pour que notre mariage soit blanc. Tu sais que ce que tu veux va à l’encontre de … - Et tu sais aussi bien que moi que le mariage blanc est une fraude. Le notaire nous l’a dit, rappelle-toi.
- Ca ne l’a pas empêché de valider le contrat, que je sache ! Ce type est un escroc. - Dinah, qu’est-ce qui te panique à ce point ? Tu me prends pour un ogre ou quelque chose de pire ? - Et toi ? Si tu me disais ce qui te prend vraiment ? Ils s’affrontèrent un instant en silence, et c’est Adam qui baissa les yeux en premier.
- Alors ? insista Dinah. Qu’est-ce qui se passe ? - C’est difficile à avouer. Surtout après deux ans. - Mais encore ? Adam soupira.
- Je t’avais parlé de cette femme que je fréquentais à l’époque où on s’est connus. - Lisa. - Oui. Une femme mariée qui ne voulait et ne pouvait pas divorcer. - Tu te souviens de ce que je t’ai dit quand je t’ai demandé de m’épouser ?
- Que tu étais heureux avec elle et que je ne serai qu’une couverture pour ne pas éveiller la méfiance du mari. Ou quelque chose dans ce genre-là. - C’est effectivement ce que je t’ai dit. Sauf que Lisa n’a jamais existé. - Quoi ? - J’ai inventé Lisa. J’avais peur que tu me prennes pour un dingue si je te disais vouloir t’épouser pour le seul plaisir d’être marié. D’avoir quelqu’un officiellement dans ma vie.
- Et plus de pension alimentaire à payer à mes prédécesseuses, ajouta cyniquement Dinah. - C’était la cerise sur le gâteau, ça… - Pourquoi tu as inventé Lisa ? Pourquoi tu m’as fait croire que tu avais une aventure avec une femme mariée ? Ce n’était pas plus simple de me dire la vérité ? - Je ne fais jamais les choses simplement.
- Pourquoi tu avoues aujourd’hui ? Adam regarda Dinah et poussa un soupir. - Parce que … je me sens seul dans mon lit. Immédiatement, Dinah décoda le message.
- Je n’ai jamais pensé à ça, Adam. Ce n’était pas dans notre accord. - Jamais ? - Jamais. Pourquoi, toi tu … ? - Depuis que Paul m’a fait remarquer que j’étais distant avec toi, oui.
- Mais c’est dans ta nature, Adam. Tu es distant avec tout le monde, y compris Paul et Francesco. - Je sais. Mais Paul a raison, en fait : je ne te connais pas. Je ne sais rien de toi, et j’aimerais remédier à ça. - En dormant dans mon lit. - En dormant dans ton lit, oui.
- Et tu crois que tu vas apprendre des choses en me regardant dormir ? - Je ne sais pas mais je voudrais faire un essai. Dinah soupira. - Je n’ai pas spécialement envie de coucher avec toi, Adam. Ne le prends pas pour une offense, je n’ai jamais eu beaucoup de goût pour les relations sexuelles.
- Je n’ai jamais dit que j’avais l’intention de te forcer à remplir ton rôle d’épouse, Dinah. - Quel intérêt pour toi de dormir avec moi si ce n’est pas pour le sexe ? Il caressa ses cheveux d’un air distrait. - Il n’y a pas que ça dans la vie, Dinah.
- Et c’est un homme qui dit ça ! - Je ne pense pas qu’à ça, tu sais. - Sois franc, Adam. Tu y penses quand même beaucoup. Et je ne suis pas convaincue que tu te comportes longtemps comme un gentleman si tous les soirs j’ai la migraine dès que tu m’approches. Adam ne put s’empêcher de sourire.
- J’adore ton sens de l’humour, tu sais. - Tu n’as pas répondu à la question, Adam. - Je sais. - Alors qu’est-ce qu’on fait ?
- Comment ça, qu’est-ce qu’on fait ? - Essaie d’y penser, s’il te plaît. Réfléchis un peu à tout ça…. Je voudrais que tu comprennes que ce n’est pas une simple histoire de sexe. - Il y a un peu de ça quand même. - Evidemment ! Je ne t’ai pas choisi au hasard, tu sais. Il y a quelque chose en toi qui me plait beaucoup.
- Tu n’es quand même pas amoureux de moi ? Le téléphone avait sonné à ce moment-là. Adam n’avait jamais répondu à la question. Et depuis, elle n’arrêtait pas de penser à cette histoire. La migraine n’avait pas tardé à montrer son ne et à s’installer. - Vous n’avez pas bonne mine, lui fit remarquer son patron.
- Je suis un peu fatiguée. - Vous devriez rentrer vous reposer, et dormir un peu. Le dossier Matthews peut attendre demain. - Vous en êtes certain, monsieur ? - Absolument. D’ailleurs il est tard, je vais demander que quelqu’un vous ramène.
- Je vais prendre un taxi, merci monsieur. - Bonsoir, Dinah. - Bonsoir, monsieur. La jeune femme rangea ses affaires, appela une compagnie de taxis et descendit attendre la voiture devant l’entrée de l’immeuble.
›ùš Une demi-heure plus tard, elle refermait derrière elle la porte de l’appartement. Adam n’était pas rentré et elle n’en fut pas mécontente : elle avait besoin d’un peu de calme. Le contenu du frigo ne l’inspira pas et elle se dirigea vers sa chambre. Quand Adam rentra à son tour un peu plus tard, il repéra l’imperméable de Dinah sur le portemanteau. Ne la trouvant ni dans la cuisine ni dans le salon, il alla vérifier la salle de bains.
Dinah avait laissé sur le rebord du lavabo sa montre et ses boucles d’oreille. Adam les ramassa et passa dans la chambre. Elle était allongée sur son lit, encore habillée de ses vêtements de travail mais décoiffée et déchaussée. Adam repéra la petite chaîne qui ne quittait jamais son cou et ne put s’empêcher de sourire. Il rangea les bijoux dans le petit coffret sur la table de nuit et, après quelques secondes d’hésitation, il s’allongea auprès d’elle, sans toutefois la toucher, son visage au niveau du sien. L’envie de partager son lit lui était venue d’un seul coup, après un rêve érotique où Dinah avait tenu le rôle principal. L’abstinence qui était la sienne depuis plusieurs années avait cédé devant l’intensité de ce rêve et l’envie de le concrétiser était devenue plus forte que l’accord qu’il avait passé avec elle avant leur mariage. La réaction qu’elle avait eue ne l’avait pas étonné, juste un peu déçu, mais il ne désespérait pas de la faire changer d’avis. Dinah était si paisiblement endormie qu’Adam se sentit soudain comme un intrus dans cette pièce. Il voulut se lever mais fit grincer un des ressorts du sommier, et ce simple bruit suffit à éveiller Dinah. - Qu’est-ce que tu fais là ?
- Je te regardais dormir. - Pourquoi ? - J’en ai eu envie. - Oh, fit Dinah en rougissant.
Adam l’aida à se relever avec des gestes doux et prudents. - Est-ce que tu as dîné ? demanda-t-il. - Non. Tu veux que je te prépare quelque chose ? - Si tu dînes avec moi.
Dinah passa à la cuisine et commença à ouvrir les placards. Adam s’occupa de mettre la table et demanda à son épouse de s’asseoir en face de lui. - Ca sent très bon, remarqua Adam. - Goûte avant de t’avancer. Ils dînèrent en bavardant de leurs journées respectives. Puis, après la vaisselle, quand Dinah voulut regagner sa chambre comme elle le faisait habituellement, Adam la retint par le bras.
- On peut parler, Dinah ? - De quoi veux-tu qu’on parle ? - Tu le sais très bien. Dinah rougit et s’assit sur le sofa, à distance raisonnable de lui.
- Je n’ai pas vraiment eu le temps d’y penser. - Vraiment ? Moi j’y ai pensé toute la journée. - Et ça donne quoi, au final ? Il la regarda dans les yeux.
- Je n’ai plus envie d’être un mari distant, Dinah. J’ai envie qu’on soit un vrai couple. - Mais Adam, c’est…. Tu veux remettre en cause tout notre système. - Et ça te gêne à ce point ? - Ce n’est pas du tout ce qui était convenu.
- Pour une fois, tu ne peux pas oublier cet accord ? Essaie de me considérer comme ton mari, simplement. - Ce n’est pas possible. - Je te demande pardon ? - Ce n’est pas possible. Je ne suis pas amoureuse de toi…. Je suis désolée.
- Ne le sois pas. Soit, tu n’es pas amoureuse de moi. Mais pourrais-tu l’être ? Dinah baissa les yeux et ne répondit pas. - Dinah ? - Je ne me suis jamais posé cette question…. C’est inconcevable. Et tu me demandes vraiment beaucoup.
Adam tendit la main et caressa ses cheveux. - Je ne sais pas quoi faire pour que tu changes…. Mais j’aimerais tellement que tu me voies sous un autre jour ! Dinah ne put s’empêcher de sourire et leva les yeux vers lui. - Tu te sens toujours seul dans ton lit ?
- Toujours, oui. Et j’aimerais bien que tu sois près de moi plus souvent. Ils se regardèrent sans rien dire. - Si tu estimes que mon lit est assez large pour nous deux, on peut faire un essai. - Tu es sûre ?
- Non. Mais j’ai dans l’idée que tu ne me laisseras pas en paix tant qu’on n’aura pas fait un essai. Il lui sourit. - Tu sais que je suis têtu. - Je le sais, oui. Mais je dois avouer… que ça fait partie des choses que j’aime chez toi.
Adam leva un sourcil étonné. - Et les autres choses sont… ? - Il est un peu tôt pour que je te les révèle. Mais un jour peut-être… Le téléphone sonna. Dinah se leva pour décrocher et tendit presque aussitôt le combiné à Adam.
- Francesco pour toi. - Merci. - Je vais me coucher, dit-elle. Tu sais où je suis, si tu me cherches. Adam lui sourit et lui fit un clin d’œil.
- Je ne serai pas long. Pendant qu’il bavardait avec son ami, Adam vit passer Dinah avec des livres et des vêtements dans les bras. Elle se contenta de lui sourire et entra dans sa chambre. Adam la rejoignit et la trouva qui rangeait les affaires qu’elle avait prises dans la chambre de son mari. - Tu as pris les devants, on dirait.
- Ca te gêne ? - Pas du tout. - J’ai dégagé ce côté de la penderie et quelques étagères pour toi. Est-ce que ça ira ? - Ce sera parfait. Comme tout ce que tu fais.
- Oh, pas toujours…. Je transférerai le reste de tes affaires demain, si tu veux bien. Je n’ai pris que le strict minimum pour cette nuit. - Comme si je n’étais que de passage. - Ce n’est vraiment pas ce que je voulais dire, Adam. A vrai dire, ça me gêne de fouiller dans tes affaires. - Pourquoi ? Je n’ai rien à te cacher.
- Tu pourrais. Je ne t’en voudrais pas. Adam posa ses mains sur ses épaules. - Je n’ai rien à te cacher, Dinah. Ne te fais pas de soucis pour ça. Elle sourit.
- Un problème de moins sur ma liste. - Elle est si longue que ça ? - Disons que j’ai tendance à me poser beaucoup de questions quand j’ai un problème. - Je ne savais pas que tu prendrais les choses tellement à cœur, Dinah. Je pensais…
- Tu pensais que tout se ferait naturellement. - J’espérais, oui. Adam commença à masser doucement ses épaules. Sans le savoir, par un pur réflexe, Dinah se sentit rapidement envahie par un bien-être inhabituel, et ferma les yeux pour mieux en profiter. - Tout va bien ? s’inquiéta Adam devant son silence.
- Je ne savais pas que tu savais faire les massages. - Tu as aussi des choses à apprendre sur moi, tout simplement. - J’ai l’impression, oui. Seigneur, ce que c’est bon, ce que tu me fais ! Adam se mit à rire et Dinah se confondit en excuses.
- Pardon, ça m’a échappé, et… - Tu es gênée ? - Un peu. - Parce que tu t’es laissée aller avec moi ? dit Adam sans cesser le mouvement de ses mains.
- Tu as certainement remarqué que j’avais du mal à me laisser aller, d’une façon générale. - Toi aussi tu es distante avec les gens, Dinah. A ta façon. - Je sais. On fait la paire, tu ne trouves pas ? Dinah posa ses mains sur celles d’Adam.
- Arrête, s’il te plait. - Je te fais mal ? - Au contraire, dit-elle d’une voix inhabituelle. C’est très agréable. - Mais ?
- Les choses vont vite, Adam. Je perds un peu mes repères, à vrai dire. Elle s’écarta de lui et acheva de ranger une pile de tee-shirts. - Maintenant, si tu permets, il est tard et j’aimerais me coucher. Adam la regarda en souriant.
- C’est vrai qu’il est tard. - Est-ce que tu dors… ici ? Il la regarda dans les yeux et dit que oui. - Bien.
Elle alla dans la salle de bains. Un peu désemparé, Adam s’assit sur le lit, du côté où il n’y avait pas de table de nuit, supposant que Dinah dormait du côté opposé. Quand elle réapparut dans la chambre, elle avait troqué ses vêtements contre la soie d’une chemise de nuit, cachée par un peignoir de la même teinte. - Tu dors tout habillé ? s’étonna-t-elle. Adam se leva, comme mû par un ressort.
- J’ai un peu perdu l’habitude de … partager ma chambre. - Mais rien ne t’y oblige, Adam. C’est ton idée, pas la mienne, et si tu as changé d’avis… - Non. Je n’ai pas changé d’avis. Il effleura à peine ses joues d’un baiser distrait.
- Je n’ai pas changé d’avis. - Très bientôt. Je reviens tout de suite. ›ùš Quand elle entendit la porte de la salle de bains se refermer, Dinah poussa un gros soupir. Elle se sentait très mal à l’aise, et sa tenue bien que tout à fait correcte lui semblait ridiculement provocante. La perspective de savoir Adam à côté d’elle dans ce lit si peu large lui mettait en tête des images absolument inappropriées à l’idée qu’elle se faisait de son mariage blanc avec Adam.
Affreusement nerveuse, elle éteignit la lumière et se glissa entre les draps, en essayant de ne plus penser à rien. Elle y parvenait avec difficulté quand Adam revint. - Tu dors ? demanda-t-il. - Non. - Tu veux que je te laisse ?
- Tu recules devant l’obstacle, Adam ? Il ne répondit pas et s’approcha du lit. Il se glissa près d’elle et il se produisit ce que Dinah redoutait : la largeur du lit ne permettait pas au corps d’Adam de ne pas toucher le sien. Et Dinah n’arrivait pas à comprendre pourquoi elle appréciait ce contact. Adam ne disait rien mais devait certainement avoir l’esprit occupé car il ne put retenir un soupir. - Quelque chose ne va pas, Adam ?
- Non. Rien ne va, dit-il en se redressant. Dinah alluma sa lampe de chevet et se redressa à son tour. - Tu m’expliques ? demanda-t-elle. - Tu ne devines pas ?
- J’ai oublié ma boule de cristal. Alors ? dit-elle en s’asseyant au milieu des draps. Adam fixait le mur et évitait de croiser son regard. Mais comme le mur ne fournissait pas la réponse qu’il attendait, il rejeta les couvertures et se leva. - Qu’est-ce que tu fais ? demanda Dinah. Il contourna le lit et demanda à sa femme de se lever. Elle s’exécuta sans bien comprendre et se retrouva à quelques centimètres de lui.
- Dis-moi ce qui se passe, je pourrais peut-être t’aider…. Adam ! Parle-moi. Elle posa sa main sur son bras. Dans un geste de réflexe, Adam la prit dans ses bras et la serra contre lui, à l’en étouffer. - Laisse-moi un peu respirer, Adam… - Non.
- Non ? - Je ne veux pas te laisser respirer, ni te laisser vivre sans moi, Dinah. J’ai attendu deux ans, mais là je ne peux plus. - Adam, je…. - Je ne peux pas dormir dans le même lit que toi et faire comme si je n’étais pas à quelques centimètres de toi. Je ne peux pas être indifférent.
- Oh. - Tu es si douce… si douce ! J’ai envie de t’embrasser. Dinah sourit. - Ca te pose un si grand problème ?
- Non. Pas si tu es d’accord pour que je t’embrasse. Pas si tu es d’accord pour que je fasse plus que t’embrasser…. Dinah ? - On appelle ça brûler les étapes, Adam. - Non. On appelle ça le désir. Tu n’as jamais ressenti ça ? Dinah baissa les yeux. Les bruits que faisait son cœur lui semblaient si forts qu’Adam devait certainement les entendre, et il n’y avait pas que les battements affolés dans sa poitrine, il y avait aussi la faiblesse et la chaleur qui l’envahissaient depuis qu’Adam l’avait prise dans ses bras. Ce n’était pas désagréable, loin de là, mais elle ne s’attendait pas à réagir aussi violemment.
- Dinah… Tu me plais vraiment …. C’est vrai, tu sais, je ne sais pas pourquoi je ressens ça maintenant. - Je sais, Adam. Mais je ne sais pas ce que je dois faire. Adam déposa un baiser sur ses paupières et descendit doucement sur ses joues pour dériver sur le coin de sa bouche. Il ne s’étonna qu’à peine de sentir qu’elle attendait ce baiser, cette étreinte qu’il essayait de ne pas rendre trop forte de peur de l’effrayer. - On va se coucher ? dit-elle d’une voix douce.
- Tu as sommeil ? - Pas vraiment, avoua-t-elle en rougissant mais sans éviter le regard inquisiteur d’Adam. - D’accord. Il appuya sa bouche sur celle de Dinah, et à partir de cet instant, elle cessa de réfléchir, pour seulement ressentir.
Au petit matin, à l’heure habituelle où le réveil sonnait pour Dinah, la jeune femme émergea d’une nuit longue et brève à la fois, mais surtout d’un rêve étrange où elle avait fait l’amour avec Adam. Elle ne se souvenait pas exactement de tous les détails ni des circonstances exactes de ce rêve bizarre, mais elle gardait la trace dans sa mémoire d’instants très forts, de gestes, de caresses, de baisers et de mots. Machinalement, elle tendit le bras pour occuper tout l’espace mais elle rencontra la peau d’une poitrine nue. D’un seul coup, Dinah se rendit compte que ses souvenirs étaient bel et bien réels, et qu’elle avait laissé Adam partager son lit et lui faire l’amour. Dieu sait avec quelle intensité…. Elle avait perdu la tête pour avoir laissé une telle chose se produire…. Seule une crise de folie pouvait expliquer cela. Comme si elle avait touché un poteau électrique, elle s’écarta de lui et se tint aussi loin de possible. Un interminable moment s’écoula durant lequel elle ne put pas se décider à se lever. Au moment où elle allait bouger et quitter cette chambre, Adam s’éveilla et se rapprocha d’elle, dans le but évident de la câliner. - Bien dormi, chérie ?
- Non, répondit Dinah d’un ton cassant. - Oh oh…. Qu’est-ce qui se passe ? - Est-ce qu’on a couché ensemble cette nuit ? Adam se mit à rire.
- Ne me dis pas que tu es amnésique. - Non. Je me souviens de certaines choses mais je n’arrive pas à savoir si c’était un rêve ou la réalité, et ça m’agace de ne pas savoir. - Calme-toi. C’était agréable ? Elle soupira.
- C’était beaucoup plus que ça. - Et qu’est-ce qui te fait croire que c’est un rêve ? Ca ne peut pas simplement être la réalité ? - C’est insensé. Jamais je ne me suis comportée comme ça avec un homme. Jamais. Adam s’écarta.
- « Comme ça », c’est-à-dire ? - Tu dois certainement le savoir puisque c’est de ta faute, tout ça. - Ma faute ? Il faut être deux pour danser le tango, Dinah. - Comment oses-tu ? protesta Dinah.
- Admets-le, Dinah. - Jamais ! - Cet air outré de jeune vierge ne correspond pas du tout à la femme passionnée avec qui j’ai fait l’amour hier soir, dit Adam d’un air très calme. Dinah le fusilla du regard.
- Alors, c’est ça, ta véritable personnalité ? Un macho gonflé d’orgueil qui pense avec ses hormones ? - Ca avait l’air de te plaire, hier soir… - Peut-être que tu as rêvé ça aussi, dit Dinah sur un ton blessant. - Moi je sais que je n’ai pas rêvé.
- Prouve-le. Adam la défia du regard. - Tu y tiens ? Tu veux courir le risque ? - Prouve-le.
- Très bien. Adam posa sa main sur la hanche de Dinah. - Tu as une dizaine de grains de beauté éparpillés sur la peau de tes cuisses. Quand je te touche à un endroit précis, tu soupires comme si tu allais mourir. Quant à la courbe de tes reins, je la connais si bien que je pourrais la dessiner les yeux fermés. Et… - Arrête ! protesta Dinah, écarlate.
- Admets-le, Dinah. Ce n’est pas la fin du monde, tu sais. - Après deux ans de… C’est ridicule. - Tu n’as qu’à faire comme si les deux dernières années n’avaient pas existé. - Désolée, je ne peux pas, Adam. Cette situation est insensée.
- Parce que j’ai eu envie de faire l’amour avec toi ? - Tu y auras mis le temps, dit Dinah si spontanément qu’elle s’en voulut aussitôt. Adam se mit à rire et l’attira contre lui. - Nous y voilà. C’et juste ta fierté qui en avait pris un coup. Tu étais vexée que je ne sois pas plus empressé.
- Tu n’as pas besoin d’être méchant. Il embrassa la peau de son décolleté pour la faire taire et y parvint sans difficulté. - Si ça peut te consoler, dit Adam en commençant à la déshabiller sans se presser, j’avais remarqué depuis un petit moment ce petit quelque chose que tu as… cet air lointain que tu prends que tu penses à autre chose…. Et le reste aussi. - Quel reste ? dit Dinah, le souffle court.
- La ligne de tes hanches…. La courbe de tes seins. Tu sais bien… tout ce que tu fais pour me rendre fou, comme tortiller tes cheveux quand tu m’écoutes en souriant… j’adore ça, ça me rend dingue. - Je ne savais pas que je te faisais de l’effet. - Je me débrouillais pour que tu ne le saches pas. Mais une fois dans mon lit, c’était très dur. - C’est bizarre que tu aies tenu deux ans sans rien tenter…. Ironisa Dinah. Quelle force de caractère !
- Arrête ce petit jeu, Dinah, dit Adam. On n’est plus des adolescents. Tu me plais, j’aime faire l’amour avec toi et tu aimes que je te fasse l’amour. Admets-le. Moi je l’admets et je vis très bien avec l’idée d’être un mari amoureux et comblé. D’accord ? Il était appuyé sur elle, si serré contre elle qu’elle sentait aussi bien la chaleur de sa peau que la réalité de ce qu’il venait de lui dire. Et elle devait admettre qu’elle adorait le nouvel aspect de ses relations avec Adam. - D’accord, dit-elle avec un sourire. J’arrête de jouer. - Donc, tu admets qu’à partir de maintenant, on est un couple ? Un vrai couple ?
Dinah sourit. - J’admets tout ce que tu veux. - Tu cèdes bien vite… - Déçu ?
- J’aurais bien aimé avoir à te convaincre encore un petit peu, avoua Adam en déposant de petits baisers dans son cou. Dinah ferma les yeux. Toute cette intimité nouvelle avec Adam la troublait mais elle y trouvait quelque chose d’agréable, de plaisant… de très plaisant. Adam, dans son rôle d’époux amoureux, avait à ces yeux encore plus de charme. Et puis elle devait bien avouer que faire l’amour avec lui était beaucoup plus fort que dans les rêves qu’elle avait pu faire. - Tu es très convaincant, avoua-t-elle entre deux soupirs qu’elle n’arrivait plus à contenir. - Hmmm…. Tant que ça ?
- Oui, très convaincant. - Prouve-le-moi, murmura Adam. - Quoi ? - Prouve-le-moi, Dinah…, répéta-t-il.
Alors, sans réfléchir, elle le renversa sur le lit et se colla contre lui. Ses mains s’appuyèrent sur les siennes pour l’empêcher de s’en servir. Quelque chose dans le regard d’Adam était à la fois surpris, ravi et impatient de cette initiative. - Qu’est-ce que tu vas faire ? demanda Adam en plongeant son regard dans ses yeux. - Tu vas voir. ›ùš
Près de trois ans après leur première rencontre, Dinah et Adam revinrent sur les lieux de leur première rencontre où leurs deux destins s’étaient noués : un petit cottage dans la campagne anglaise. C’étaient les derniers jours de l’été dans le Somerset. Les époux y retrouvèrent le jardin où ils avaient fait connaissance, sous le tilleul qui embaumait l’air de ses notes sucrées. C’est là qu’ils conçurent une petite fille qu’ils appelèrent Felicity. Ils ne furent plus jamais distants.
FIN